Présentation historique

La date de la fondation du premier prieuré (grâce aux terres cédées par la famille de Féternes, alors puissante famille féodale possédant le pays de Gavot) est incertaine : 1043 ou 1080 ? En 1108 le comte Amedée III de Savoie reconnaît la donation. Au XII siècle, entre 1128 et 1144, peut-être en 1139 le prieuré devient abbaye. Depuis 1140 environ, l'abbaye est administrée par des chamoines augustins auxquels succèdent en 1607 des feuillants. En 1761, les excès de ces derniers ont provoqué la fermeture définitive de l'abbaye dont les biens sont cédés à la Sainte-Maison de Thonon.

Au début du XV siècle, l'abbaye, une des plus influentes de l'ancien duché de Savoie, a des moyens conséquents lui permettant de financer le paiement de décors peints, alors réservés aux féodaux et ecclésiastiques fortunés. Les abbés sont proches de la cour d'Amédée VIII, qui réside souvent au château de Thonon, et ou travaillent des peintres de premier plan comme Crégorio Bono, Giacomo Jaquerio, Jean Bapteur…)

Le cloître gothique décoré des fresques a été construit entre 1330 et 1354. Les artistes sont de qualité, les statues sont remarquables, les colonnettes en marbre noir.. La porte dite de " La Vierge " est encadrée de deux superbes statues allégoriques d'influence germanique. Il a connu en près de six siècles d'existence : des sinistres, des incendies, des dégradations dues à l'indifférence des hommes, qui font que sur les 24 ou 25 fresques peintes au début du XV siècle, seules six sont encore bien visibles et presque complètes, cinq autres ne subsistent que partiellement.

Actuellement la plupart des historiens d'art s'accordent pour dater les peintures du XV siècle, voire 1430 environ. Le peintre est inconnu, c'est en tout cas un artiste de premier plan qui a été marqué par l'influence de Giacomo Jaquerio célèbre fresquiste turinois (Turin est au XV siècle une ville des Etats de Savoie. On sait que Jaquerio effectue entre 1401 et 1430 de nombreux séjours dans notre région. Clément Gardet, ancien président de l'Académie Florimontane, envisageant même l'intervention de son atelier ou de proches collaborateurs à Abondance.

L'abbaye est dédiée à Notre-Dame de l'Assomption, rien d'étonnant à ce que le cycle des peintures soit consacré à la vie de Marie. Le visiteur éclairé qui parcourt les galeries du cloître, sera étonné de trouver à Abondance des influences diverses : toscane, piemontaise, lombarde, française, voire flamande…Rien de surprenant à cela si l'on sait qu'au Moyen âge, la Savoie est une voie de passage importante entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud, qu'à cette période d'apogée des Etats de Savoie, le duc Amédée III est lié par des liens familiaux aux ducs de Berry, de Bourgogne, de Milan, tous protecteurs éclairés des arts. Sans parler du recrutement par la cour de Savoie de peintres italiens, et des relations très étroites entre la Savoie et la cour pontificale d'Avignon, à la fin du XIV siècle, à une époque où le premier antipape s'appelait Robert de Genève. Cet ensemble de peintures murales consacré à la vie de Marie est unique en Savoie et apparaît rarement dans les édifices français. C'est un chef-d'œuvre de la peinture médiévale savoyarde et des 24 ou 25 scènes originelles, 6 sont encore bien lisibles.

Les fresques fourmillent de détails témoignant de la vie médiévale savoyarde. Si les références à la vie de tous les jours sont fréquentes, une lecture attentive permet d'observer des éléments proches des réalités historique, économique, géographique, religieuse de ce début du XV siècle.

Au début du XVème siècle, sous Amédée VIII, futur antipape Félix V, période d'apogée des Etats de Savoie, les abbés sont proches de la cour qui réside souvent à Thonon. Ils participent au concile de Bâle (1431-1449), cela explique que certaines scènes témoignent des espoirs et des interrogations des dignitaires ecclésiastiques de cette époque. A Abondance se trouve un des plus remarquable témoignage de la foi des moines défricheurs des hautes vallées alpines.

Le développement de la Commende et le fléchissement de la vie religieuse amenèrent François de Sales à intervenir pour rétablir l'ordre monastique qui fit la renomée de l'abbaye. En 1606, le Pape Paul V décrétera le remplacement des chamoines par des Cisterciens de la congrégation réformée des Feuillants. Le nouvel élan donné à l'abbaye sera de courte durée. Le déclin se poursuivra jusqu'à sa suppression en 1761.

Au XIX ème siècle, la mairie et ses annexes s'installent dans le corps sud du bâtiment.

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